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04 avril 2017

Histoire du Sel en France

 

TRANSCRIPTION

DE LA CONFÉRENCE DE JIL JORDAN

SUR LE LET SYSTEM

 

FINDHORN, AUTOMNE 1991

 

Je suis porte-parole de plusieurs centaines de personnes qui sont toutes avec moi. Bien que je parle du LET system, il faut savoir que ce n'est qu'une stratégie parmi beaucoup d'autres, pour donner du pouvoir à chaque individu dans sa communauté.

Mais la seule bonne stratégie est celle qui convient à l'endroit où vous vivez. Il y a un très bon article sur LETS dans le dernier numéro de "One Earth". Vous pouvez vous mettre en rapport avec le LETS qui vient de commencer en Ecosse.

Au début, dans ma ville, tout partait en décrépitude, les capitaux fuyaient, il n'y avait ni argent ni travail, ce qui provoquait l'exil des jeunes et des ressources humaines.

Un petit groupe a réagi en commençant par une organisation financière bien construite. C'est une stratégie difficile mais ils ont réussi.

C'est difficile parce qu'il y a de nombreux mythes autour de l'argent. "Seuls comprennent les économistes et les banquiers. "On ne peut pas faire confiance à d'autres" pensent les gens, surtout les gens âgés, alors ils nous donnent carte blanche. Mais il commence à naître un grand mouvement aux Etats-Unis, en Australie, Grande Bretagne, pour les "investissements éthiques".

L'argent est pratique, mais c'est quelque chose sur lequel on n'a plus de contrôle ; l'argent qu'on gagne et qu'on place peut être utilisé dans des projets opposés à nos propres valeurs. On peut boycotter les produits financiers comme on boycotte les produits de consommation, on a le même pouvoir sur l'argent, on peut dire : non, vous n'utilisez pas mon argent pour ça, je vais me mettre ailleurs, dans un investissement dans lequel je crois.

C'est comme cela qu'est née l'union de crédit de ma ville. C'est une des stratégies, à vous de faire en sorte que l'argent circule dans la communauté, pour financer des projets dont on a besoin, pour aider les gens à démarrer des petites entreprises, s'installer, construire leur maison.

Mais au fur et à mesure qu'on devient plus riche, les problèmes apparaissent. Voici quelques exemples des problèmes qu'on peut avoir avec l'argent : on a essayé de le distribuer avec des intérêts le plus bas possible, mais malgré tous ces efforts, les gens qui avaient de l'argent en avaient de plus en plus, les autres en avaient de moins en moins. Globalement 3% de la population avait 3% de la richesse, le fossé entre les riches et les pauvres s'agrandit, c'est la nature de cet outil financier…

Un autre problème avec l'argent, à cause du manque relatif, les gens font n'importe quoi pour en obtenir, les choses les plus effrayantes. Ils volent, ils tueraient pour en avoir un peu, c'est une situation très triste, tout ça à cause de l'argent. Ce qui est stupide dans cette histoire, c'est que l'argent n'est qu'une idée.

C'est quelque chose que nous avons inventé pour échanger nos biens et nos services, pour donner ce qu'on a à donner, pour obtenir ce dont on a besoin. C'est aussi simple que ça, mais on en a fait un dieu. C'est devenu la chose la plus importante de notre existence ; même si pour les gens d'ici ce n'est pas le cas, la majorité des gens dans le monde est complètement dans le système.

Je reviens de Hong-Kong où c'est effrayant de voir comme une société peut être complètement ficelée par l'argent.

Un autre grand problème avec l'argent, c'est que comme on peut le voler, il faut des assurances, être toujours sur ses gardes, des véhicules blindés pour le transporter, avec des gardes armés et tout cela coûte très cher, juste pour le déplacer et le manipuler ! On est obligé de faire tout cela parce que les gens ont travaillé pour gagner cet argent. C'est pour tout cela que les gens ont peur d'avoir leur propre organisation financière, parce que c'est dangereux. Peu de gens ont donc pu se donner ce pouvoir, parce que c'est si difficile, ils ont peur de manipuler leur propre argent, encore plus celui des autres, à cause de tous les ennuis que ça cause.

Cette personne merveilleuse (Mickael LINTON) a été frappée par une idée très simple : quand une communauté subit une récession ou une dépression, ce n'est pas parce que cette communauté est moins digne, c'est parce que le monde est bloqué par le fait que le moyen d'échanger des biens et des services n'est pas là. C'est aussi simple que cela.

Si on peut revenir à ce prémisse, que la valeur d'une communauté est dans ses biens et ses services, pas dans son argent (l'argent est simplement la mesure de l'échange, la mesure de valeur pour pouvoir échanger les biens et les services), alors on commence à se libérer. Alors, si comme l'a décidé M. LINTON, on remplace l'argent par une mesure créée par nous, une mesure qui n'ait pas les problèmes associés à l'argent, on pourra débloquer notre potentiel de créativité, comme les communautés débloquent leurs biens et leurs services. C'est exactement ce que fait le LETS. C'est une organisation très simple, qui permet aux gens d'échanger leurs biens et leurs services sans utiliser d'argent, en créant leurs "crédits et débits", "engagements et reconnaissances".

C'est une organisation très merveilleuse parce qu'elle est très simple (les meilleures idées sont les plus simples). Les gens entendent ça et disent que ce n'est pas possible parce que c'est trop simple, ça ne peut pas être aussi simple que ça.

Regardons maintenant ce qui est plus difficile : pour commencer un LETS, il faut une liste des biens et des services dont dispose chaque membre de la communauté (un état des lieux). A ce stade, les membres de la communauté peuvent voir ce qu'ils peuvent attendre les uns des autres et leur offrir.

C'est exactement ce qu'est toute vie économique. L'autre partie du LETS est un système de comptabilité. "Ils arrivent au monde sans rien, ils repartent sans rien", c'est exactement ce que doit être le LETS.

Si quelqu'un fourni un service, il gagne un "crédit" de la communauté, il est inscrit sur la ligne crédit.

Si je reçois un service, j'ai un engagement, un débit vis-à-vis de la communauté, c'est inscrit dans la ligne débit. Il y a un gros livre de compte communautaire à double entrée, l'ensemble est toujours superbement équilibré autour de zéro.

Regardez un système comme ça qui est si simple, vous vous dites que c'est une idée pour donner du pouvoir aux gens.

Les gens qui rentrent dans le système, la première question qu'ils se posent est : "qu'est-ce que je peux offrir ?", surtout les femmes que leurs savoir-faire n'ont jamais été valorisés dans le système économique, bien qu'elles représentent 50% de notre vie économique. Beaucoup de femmes disent "je n'ai rien à donner", c'est très important de leur montrer l'énorme liste de tout ce qu'elles savent faire et dont elles pensent à tort que personne n'en a besoin, parce que ce n'est pas valorisé dans le système économique.

Ça, c'est la première étape vers la prise de conscience de nos propres potentialités, parce que c'est une question d'estime de soi. Le problème, c'est de réaliser qu'on est hautement qualifié. On se rend compte que le système économique a annihilé nos savoir-faire, a bloqué notre potentiel de créativité, parce que la seule chose considérée comme savoir-faire est ce qui rapporte de l'argent. Si vous êtes au chômage, cela veut dire que vous êtes inemployable, vous avez peut-être une pile de savoir-faire, mais si vous n'avez pas d'emplois vous vous sentez merdeux. C'est terrible de ne pas avoir de possibilité de libérer ce potentiel. C'est la première chose qui donne aux gens ce sentiment de "pouvoir". La deuxième, c'est de réaliser que si vous êtes membre du LETS, attendant que quelqu'un échange avec vous, le LETS ne commence jamais : dans tout échange, il faut une demande. Et parce que aucun d'entre nous n'est doué pour demander ce dont on a besoin, on a pris l'habitude d'économiser pour acheter comptant au lieu de demander un crédit pour acheter, si vous empruntez vous vous en cachez pour que personne ne sache que vous avez des dettes.

En demandant, on crée de l'emploi, des sentiments d'utilité chez d'autres. C'est très "pouvoirisant" (powering) de penser que vous, en demandant, vous créez du travail pour d'autres. Pensez à ce que ça représente pour des groupes marginalisés de la société, les gens âgés par exemple, assis à se sentir inutiles, à qui on dit qu'ils ne servent plus à rien dans la vie économique de la nation, assis là avec des savoir-faire dépassés, souvent séparés de leur famille de moins en moins capables en vieillissant de faire des choses par eux-mêmes physiquement, comme tondre la pelouse, laver les vitres, faire le ménage…avoir une jeune personne qui vient et qui demande qu'on lui enseigne ces vieux savoir-faire, un apprentissage informel de choses qui disparaissent, mais que le LETS permet de faire revivre.

Les vieux sont tellement doués pour enseigner ces choses, transmettre leur savoir-faire avant de mourir, c'est très important. Dans l'échange de ces merveilleux savoir-faire, ils peuvent gagner des "crédits", qu'ils peuvent utiliser pour que des jeunes fassent le travail qu'eux ne peuvent plus faire.

Comme vous le voyez, ce n'est pas seulement un système économique alternatif, mais c'est aussi beaucoup plus, c'est un outil de reconstruction du tissu social. Ça réunit les gens, c'est un échange de relations humaines.

C'est très facile si vous êtes un artisan qualifié comme un plombier, vous réparez le robinet, vous vous faites payer et vous partez. Dans le LETS, c'est différent, il y a une relation humaine : vous devez fixer le prix, les conditions, les critères, construire la relation, puis vous faites votre échange et vous vous sentez à l'aise parce qu'il s'agit de communauté et de ce qui appartient à la communauté.

Le LETS est une organisation d'enregistrement de l'échange, il ne prend pas de responsabilité dans l'entente des deux protagonistes, seulement un enregistrement de ce que vous échangez. Les gens retrouvent donc le sens de la responsabilité, du contrôle de leur vie économique, ils sont en total contrôle quand ils échangent depuis quelques temps. C'est du "pouvoir d’achat" que cette stratégie apporte. C'est une possibilité pour s'écarter des sentiers battus du système normal pour prendre un nouveau départ dans votre vie économique.

On me dit souvent "je suppose que les gens au pouvoir d’achat détestent ce système". Mais ce n'est pas une période difficile seulement pour vous, mais pour tout le monde, gouvernements, entreprises, individus, tout le monde est touché par la crise. Après tout, 3% ont tout et un tas de gouvernements et d'entreprises (97%), deviennent de plus en plus pauvres.

On me demande aussi si les entreprises qui ne sont pas dans le LETS ne donnent pas de fil à retordre. On les invite à rentrer s'ils expriment l'idée que ce n'est pas juste, ce n'est pas un club privé d'élite, sélect, c'est quelque chose pour tout le monde. S'ils en bavent, il est important qu'ils nous rejoignent. Ça va prendre du temps, comme toutes les idées nouvelles : dans la sociologie des idées, il faut que 20% de la population en partage une pour qu'elle soit lancée.

Et en général, les gouvernements sont les derniers : je suis allée voir un conseiller municipal, je lui ai dit ce que j'étudie et comment j'allais l'amener, ses yeux ont brillé, il a dit "quelle bonne idée, cela fait des années qu'on cherche des gens sans avoir les moyens de les payer, … mais n'attentez pas que nous nous engagions les premiers". C'était il y a 4 ans.

Récemment, lors d'une discussion du budget, un membre de ce conseil a suggéré d'entrer dans le LETS parce qu'ils étaient à court d'argent. On n'est donc pas trop loin du tout, avant que des organisations comme celles-là entrent dans le système.

Quand on regarde ce qui se passe en Nouvelle Zélande : il existe 50 à 60 LETS là-bas, le gouvernement a fait le lien entre eux (parce que nous nous sommes rendus compte que c'est très important dans un pays où les services publics ont été rognés de 50% pendant les

18 derniers mois, parce qu'ils n'avaient plus les moyens de les payer (*).

(*) La conférencière perd un peu le fil (NdT)

En Australie, le 1er conseil essaie de fonder un LETS en Tasmanie. Très lentement, on voit des avancées (l'autre jour, M. X a parlé de sa lutte contre les décharges d'uranium, il essayait d'empêcher les transports, il avait peur de ce que la police lui ferait, il leur a parlé en disant qu'il faisait cela pour leurs familles, ils ont compris et n'ont pas été violents avec lui mais ont travaillé avec lui, pas contre lui). J'ai le même sentiment avec LETS : "Regardons les choses en face, bureaucrates, n'avancez pas trop vite avec vos idées radicales" , le statu quo prévaut.

On a beaucoup de soutien, je ne sais pas si le LETS a avancé assez vite pour finalement se suffire à lui-même. En fait je ne suis pas loin de penser que la résistance n'est pas si importante qu'on pourrait le penser, simplement parce que c'est une idée dont le temps est venu et que ce n'est pas menaçant en soi. C'est un nouvel outil, pas pour remplacer l'autre système, mais pour aider tout le monde, pour enrichir la vie de tout le monde.

Je voudrais maintenant que vous posiez des questions sur tout ce que vous désirez.

 

Q : -Est-ce que ça marche en ville ?

 

R : - Les villes en Australie sont différentes, il faut considérer cela en termes de biens communautaires. Par exemple à Briban, ça a commencé avec des personnes dispersées, qui se sont rassemblées pour fonder un LETS. Quant ça a fonctionné et qu'ils en ont parlé avec enthousiasme autour d'eux, qu'ils ont réalisé qu'ils ne voulaient pas faire 50km pour se faire couper les cheveux, ils se sont séparés, ce qui a donné 5 LETS (Australie occidentale, ils avaient des liens très forts, alors qu'à Briban ils n'en avaient pas), ils ont pu avoir des points de convergence pour les organisations débutantes, ils ont commencé par (incompréhensible) eux-mêmes juste autour de ces communautés (bourgeons) déjà existantes.

Ailleurs encore, ils ont commencé par un système en banlieue, le 2ème est devenu une organisation mère liant tous les autres qui démarraient (Adelaïde, dans le sud). Au nord, dans la ville très conservatrice de Victoria, ça a été très long : 2 LETS ont émergés, mais sont retombés (pas assez d'énergie, ils avaient trop peur je crois). Au début de cette année ils se sont réunis et 15 LETS ont démarré dans l'état, très rapidement : un LETS commence lorsqu'il y a un noyau d'énergie.

Ça peut être dans une situation rurale. Michael LINTON envisageait que chaque personne puisse appartenir à plusieurs réseaux : un sur son lieu de travail, un dans son quartier, un autre dans sa sphère d'intérêt, comme vous avez un genre de club où vous allez. On peut agir efficacement dans les trois LETS.

La chose la plus merveilleuse est que cela démarre une ré-humanisation de nos villes autour d'unités à dimension humaine : le premier système est né au Canada en 1982, il ne semble jamais avoir dépassé 600 membres, c'est très significatif, je me suis beaucoup impliquée dans une coopérative, près de MONDRAGON (Espagne) qui fini par réunir 1500 personnes. On ne peut pas connaître et avoir confiance en 1500 personne, il a fallu réduire la dimension à 1000, puis 500.

Sinon trop d'informations échappent, quand on dépasse ce nombre. Je serais très intéressée de savoir si dans un LETS qui atteint ou dépasse ce nombre, se manifeste un besoin naturel d'essaimer pour réduire la taille du réseau.

Il y a un nombre minimum de 30 membres au-dessous duquel il est difficile pour les gens de trouver ce dont ils ont besoin (pas assez de choix). J'aimerais bien savoir s'il existe une taille optimale autour de 5 à 600. Au-delà, les gens n'ont pas envie de "gérer" d'autres relations.

 

Q - Qu'est-ce qui se passe si quelqu'un accumule les débits ?

 

Certains accumulent les débits à tel point qu'on se demande s'ils pourront rendre tout ce qu'ils doivent à la communauté.

D'abord je voudrais, parce que dans notre système on parle de crédit et débit et quelqu'un a dit que ce sont des mots terribles, en employer d'autres : engagement vis-à-vis de la communauté de fournir des biens et des services de reconnaissance.

Regardons la différence entre un engagement débit et une dette.

Supposons qu'on fasse un échange et que je vous doive de l'argent, vous êtes désavantagé parce que vous ne pouvez pas l'utiliser, je vous le dois. Dans un LETS, lorsque je "m'engage", vous êtes "reconnu", je suis en "débit", vous êtes en "crédit". Si j'esquive ce débit, il est supporté par le reste de la communauté, pas par une personne seule.

Par exemple, je vous vends une voiture. Vous avez la voiture, j'ai l'argent, OK.

Si je prends la voiture et que je ne vous donne pas l'argent, je m'en vais, il vous manque quelque chose. Dans le LETS, je vous crédite et je pars. La voiture est partie, vous avez été crédité, votre vie économique est comme si j'étais encore dans le système. La comptabilité du LETS endosse le débit, supporte l'engagement que j'ai, le réparti sur tous les autres. La seule personne qui perd, c'est moi parce que je ne peux jamais revenir dans ce système et avec le réseau des LETS, je ne pourrai jamais probablement adhérer à un autre.

La deuxième situation, quand on pense au débit : il y a un moment où nous avons tous besoin de soutien ; que nous soyons malades, occupés à faire autre chose. Nous avons besoin du soutien de la communauté, il est important que le système que nous érigeons permette ce soutien, sans avoir des exigences supplémentaires par rapport à nous qui sommes déjà stressés.

Par exemple, un charpentier de notre réseau était en train d'accumuler un gros débit, alors qu'il avait l'habitude d'être à l'équilibre. On est allés le voir, il était en train de construire sa propre maison. Après avoir construit beaucoup de choses pour d'autres, il travaillait 7 jours par semaine à sa propre maison, avec 2 jeunes.

Il ne pouvait pas gagner des crédits, tout partait en matériel et en salaire pour les autres. Quand on a vu ça, on a compris que ce n'était pas un problème, quelqu'un qui dépouille la communauté, mais quelqu'un qui faisait quelque chose pour lui-même, ce qui est très nécessaire.

Quand il a eu fini, il a recommencé à travailler pour les autres : maintenant il a un des plus gros crédits du réseau.

Si on prend l'exemple d'une personne âgée, nous allons tous vieillir et mourir après avoir passé le stade de pouvoir transmette à d'autres, avoir besoin d'être pris en charge complètement. Tout système économique doit pouvoir fournir ce soutien aux vieux, aux faibles, aux infirmes. Le LETS peut le faire parce que c'est une façon très subtile, au lieu de payer nos impôts pour le système de sécurité sociale, on étale cette charge sur toute la communauté et ça fait gagner des crédits aux gens qui s'en occupent et le débit est réparti sur toute la communauté.

 

Q – Inaudible

 

R – Il existe une différence entre le système canadien et les autres : les systèmes canadiens ont un seul administrateur qui s'assure que tout est enregistré correctement. D'autres réseaux on 2, 4 ou 6 conseillers qui ont une vue de la communauté aussi large que possible. Par exemple, dans un réseau de Briban, le conseiller chef est appelé le Patron (il est procureur général du Queensland, c'est intéressant d'avoir quelqu'un comme ça dans un réseau).

Lorsque les gens se mettent ensemble pour échanger, ils font leur échange, appellent le bureau du réseau au téléphone, enregistrent leur compte au téléphone. Ils peuvent aussi avoir des papiers qu'ils envoient par la poste. Il existe aussi un logiciel, mais beaucoup de systèmes débutants ne l'ont pas. La comptabilité enregistre les crédits et les débits, il y a un relevé mensuel.

La façon dont fonctionne le système est tout à fait cohérente, parce que les gens qui font le travail d'enregistrement sont "reconnus" par la communauté et reçoivent des crédits : chaque fois qu'une opération est inscrite, celui qui fait la transaction "paie" un petit frais d'enregistrement en unités locales.

 

Q – Inaudible

 

R – Il y a un fossé entre les systèmes canadiens et australiens. Nous avons décidé que nous ne voulons pas d'équivalence entre les unités locales et l'argent fédéral. Au contraire, au Canada, en Angleterre, en Nouvelle Zélande, les gens ont dit qu'une unité locale équivaut à un dollar.

Quand on commence, on n'a pas d'autre mesure que la monnaie nationale, on tend à faire une équivalence entre les deux. En fait, au fur et à mesure que ça avance, la différence s'établit lorsque les gens ont l'habitude d'échanger ; la valeur de l'unité locale dépend de plusieurs choses.

Par exemple, j'avais prêté ma voiture restée du bon côté de la rivière un jour de crue. Il devait absolument aller à une réunion à quelques kilomètres de là, c'était très important pour lui. Il a mis de l'essence dedans et m'a de plus crédité de 40 unités, parce que cela avait une grande valeur pour lui (alors que pour moi, cela n'en avait aucune)

Ce dont il s'agit dans le LETS, c'est de libérer notre vie économique, quelle que soit la façon dont on le fait.

 

Q - Est-ce qu'il y a moins de cadeaux ?

 

Non, parce que les gens sont plus libres, ils peuvent donner et échanger davantage. Souvent on fixe un "prix" et l'autre donne plus. Essayez de faire ça avec l'argent !

Pour moi, un système qui vous libère petit à petit, c'est bien. Mais tout ce qu'on connaît, c'est le tout puissant dollar…L'importance de ne pas avoir d'équivalence entre les unités locales et l'argent est illustrée par l'imposition : si une unité égal un dollar, vous paierez des impôts en dollars sur les unités gagnées. C'est alors une stratégie qui vous rend plus pauvre.

Au Canada, j'ai écrit "aux impôts" (au fisc) en leur proposant un moyen de payer : ils auraient un compte au LETS, ce qui permettrait aux gens de payer une partie de leurs impôts en créditant le compte du fisc qui pourrait utiliser les unités locales. Je n'ai pas eu de réponse pendant 2 ans ½.

Après, j'étais dans un atelier dans l'est de l'Australie, le département de l'emploi m'a demandé de venir faire un atelier sur LETS. Quelqu'un a dit ne le dites pas, faites le, on leur a ouvert un compte, on les a crédités, on leur a envoyé un relevé. Trois semaines après, on a vu arriver deux messieurs qui ont demandé de quoi il retournait et qui ont adhéré au LET en disant qu'ils ne pourraient pas nous aider parce qu'ils faisaient partie du conseil.

On a écrit, à ce moment là il y a eu une prolifération de LETS qui éclosaient partout. Et juste avant que je parte, un gars de Cambera est venu nous demander notre avis, il voulait séparer les choses : ils ne voulaient pas imposer parce que c'était communautaire, mais leur souci était que si des gens utilisaient des services, c'était un moyen pour échapper aux impôts. C'est une crainte naturelle, si vous regardez de loin vous avez tendance à réprimer les infractions.

En Australie, le LETS est exempt d'impôts, ce qui est fou, parce que le LETS accroît notre richesse. Si je reçois des services du gouvernement (éducation, routes), je dois payer pour ces services, mais pas avec ce que je n'ai pas. Mais ce que j'ai, je le donne volontiers. Nous croyons qu'ils se sont démunis, de la façon dont ils ont élaboré leur politique : les professionnels qui échangent une partie de leur chiffre d'affaires dans le LETS doivent le déclarer et payer.

Mais ce qui arrive, c'est qu'ils perdent tous les gens comme moi qui ne font qu'échanger, alors que les professions libérales ne sont pas encouragées à adhérer au LETS, puisqu'ils paient de toute manière : tout le monde y perd.

Maintenant qu'il existe de nombreux réseaux, on va faire des offres qu'on va présenter au plus haut niveau, pour qu'ils acceptent autre chose que des dollars. Lorsqu'une loi ne nous convient pas, il faut la changer si elle ne reflète plus la situation générale.

 

Q – Qu'est-ce qui arrive si on offre un service qui n'est pas utilisé ?

 

R – On encourage les gens à offrir plusieurs services. Ce qui est merveilleux dans le système, c'est qu'on a tous de multiples savoir-faire. On ne s'en rend peut-être pas compte, souvent quand on entre dans le système on ne le réalise pas, mais c'est comme ça. Mais si les savoir-faire de quelqu'un ne sont pas utilisés, le personnel du LETS regarde pour voir comment les gens peuvent se relier les uns aux autres.

Le LETS peut encourager ces gens à participer en leur donnant de la confiance et des crédits. La communauté s'occupe de vous lorsque vous y participez, elle voit quand vous vous sentez rejeté et fait de son mieux pour vous réinsérer, par tous les moyens possibles.

Certaines personnes ont trop d'unités et nous demandent qu'en faire. Nous leur suggérons de les "prêter" à quelqu'un qui se fait du souci pour son débit parce qu'il n'est pas utilisé par le réseau.

A la base, ce dont il s'agit, c'est de construire l'estime de soi. Si vous venez voir votre compte, que vous voyez que quelqu'un vous a donné des crédits, sans que nous ne fassiez rien, simplement parce qu'on vous fait confiance comme être, c'est souvent suffisant pour sortir de cette spirale, c'est magique mais ça marche.

 

Q – Qu'est-ce qui se passe si vous avez besoin d'un service de quelqu'un qui est hors du LET ?

 

R – C'est la meilleure façon de recruter. Vous dites aux autres : vous avez besoin d'un mécanicien. Vous dites au mécanicien : vous aurez 15 voitures de plus.

Il y a une garantie qu'on n'a jamais eu à utiliser parce que la communauté fournit de nombreux soutiens (???).

Tous les membres garantissent une certaines somme (environ 2 livres), cela fait un pool d'argent commun qu'on peut utiliser.

Tout le monde décide quel est le plus urgent à recruter. On va le voir, on lui dit. On lui garantit un certain nombre d'unités échangeables en argent, pour qu'il n'ait aucune perte. S'il accepte, la garantie reste pour le suivant.

 

Q – Certains services sont mieux payés que d'autres ?

 

R – Certains ont suggéré de coupler les unités au coût de l'argent, il y a du pour et du contre.

Par exemple, si une heure de travail vaut 20 unités quel que soit le service, il y aura des problèmes de recrutement de professionnels qualifiés. L'expérience a été faite en Angleterre et cela a été un échec.

L'intérêt du LETS par rapport au système classique, c'est que l'argent encourage les gens à l'accumuler et cela donne un pouvoir d’achat. Alors que dans le LETS, la seule valeur est celle de l'échange.

Par exemple, un dentiste de chez nous avait accumulé beaucoup d'unités, beaucoup plus qu'il ne pouvait en dépenser.

Il a fait faire son jardin par un paysagiste, renouvelé toute sa garde robe, mangé dans des grands restaurants tout le temps avec sa famille, mais il lui restait encore plusieurs milliers d'unités. Il les a données à la communauté pour faire des travaux, puis il a baissé ses prix.

Le LETS n'encourage pas l'accumulation, il se régule seul. Plutôt que de forcer les gens à y rentrer, on les encourage par un système très libre, les préjugés de peur sont détruits par le fonctionnement du système.

 

Q – Pour faire réparer ma voiture, le mécanicien appartient au LETS, mais Toyota ou Ford ?

 

R- -Le LETS fonctionne en parallèle : le mécanicien achète les pièces, il les fait payer en argent et fait payer son travail en unités locales. Le mélange est possible.

L'intérêt est que lorsqu'on commence un réseau, on a envie de faire payer comme avant : le coût de production en argent, la valeur ajoutée en unités locales. Une facture de téléphone peut être payée par quelqu'un du LETS à ma place et moi je lui rends un service : l'appui de la communauté me permet de ne pas avoir de "cash".

Il y a une négociation entre "l'acheteur" et le "vendeur". En général, celui qui fait le travail propose le "prix", négociable, en relation avec l'appréciation de sa propre valeur (on se sous-estime toujours).

 

Q – Quel est le mécanisme de l'interaction des LETS ?

 

R – LETS signifiant au départ :

* Local Exchange Trading mais c'est trop long, c'est plus large qu'un échange A èB

* puis Local Employement Trading

* et maintenant Local Energy Transfer, c'est plus large, mais toujours local : c'est un outil de reconstruction de la communauté.

Quand on regarde un système économique, les liens les plus forts, les plus écologiques, doivent être dans la zone la plus efficace, celle où les gens peuvent faire leurs échanges sans trop de gaspillage d'énergie. Il faut être capable d'échanger avec les "interfaces", mais aussi quelquefois de loin.

Donc on expérimente (en Australie depuis début 1991) des échanges entre deux réseaux différents, à condition qu'ils soient forts tous les deux, sans domination de l'un sur l'autre. On suggère donc de bien s'établir solidement avant d'échanger avec d'autres.

Le LETS marche très bien sur des zones réduites (300km en Australie). Mais il existe des métiers spécialisés rares, il est donc nécessaire d'aller plus loin ; mais il faut faire attention de ne pas dépasser 10% des transactions totales.

 

Q – Comment cela marche t'il dans les communautés urbaines pauvres ?

 

R – Il existe (je connais) un LETS dans une banlieue, qui a beaucoup de succès et qui a été crée par l'intermédiaire d'agences semi-gouvernementales comme moyen de donner du pouvoir d’achat aux gens.

 

Q – Comment rééquilibrer le système de quelqu'un qui dépense trop ?

 

R – Si quelqu'un s'engage pour chaque service qu'il reçoit il a un débit, mais l'autre a un crédit correspondant qui peut être utilisé à faire marcher le système. Chaque étape fonctionne même si quelqu'un n'arrête pas de débiter. Si quelqu'un disparaît avec un gros débit, le crédit correspondant est déjà distribué entre tous ceux qui ont travaillé pour lui et peuvent être utilisé.

 

Q – Que peuvent faire dans ce système les intellectuels ?

 

R – Tout le monde veut apprendre quelque chose. Mais il faut aimer enseigner sinon, trouvez un autre savoir-faire que vous aimez faire, c'est important. Et gagnez vos crédits avec quelque chose que vous aimez faire et payez quelqu'un pour faire ce que vous n'aimez pas.

Cette conférence a été rapportée de Findhorn en Ecosse par Mme Françoise JANIN qui, une fois de retour chez elle, à Aubenas (en Ardèche) a mis en place le premier Sel de France. Ce Sel a fonctionné pendant quelques années sous son empreinte.

Quelques temps plus tard, des adhérents du Sel d'Aubenas migrèrent un peu plus bas, en Ariège et répandirent en France le principe du LETS (Local exchange Trading System en anglais) qui devint le SEL (système d’échange local) en français.

 

 

 

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